dimanche 30 mai 2010

Schultz-Leijonhufvud, opposition de styles















Max le mauvais garçon, Johan le bien élevé. Deux guitaristes se rencontrent pour la 1ère fois dans l'intimité du Glenn Miller Café, sans doute le lieu offrant le meilleur du jazz suédois actuel. Max Schultz a l'oeil du gamin qui aime faire des bêtises. Il arbore un t-shirt noir au nom d'un club rival (Mosebacke). "Max va racheter Mosebacke", ironise l'un des tenanciers du Glenn Miller Café en le présentant à la cinquantaine de personnes qui ont pris place autour des tables. L'intéressé fait mine de ne pas comprendre, ramène une mèche rebelle d'une main bagousée. Max aime ce qui brille, sa chaîne en or autour du cou luit sous les faibles spots.
Johan Leijonhufvud ne dit mot, sourit timidement. Sa veste de blazer bleu marine et sa chemise blanche sont très Östermalm, le quartier des nantis de Stockholm (il y en a!, pour ceux qui croient encore que la Suède est un modèle d'égalité parfaite). Le nom de famille de Johan veut dire tête de lion. Un lion sans crinière, ou plutôt une panthère qui se tapit avant de bondir sur le manche de la guitare le temps de solos élégants et maîtrisés. Il y a du Wes Montgomery, voire du Joe Pass, dans sa façon de détacher les notes. Ce soir-là, le répertoire est un mélange - un trop consensuel à mon goût - de reprises de standards et de compositions plus récentes (Pat Metheny, Phil Markowtiz, ...). Palette de sons classique, même si la réverbération déployée ici et là rappelle John Abercrombie.

Quand la parole revient à Max, Johan l'accompagne d'accords tout en orthodoxie, de ceux que son acolyte maîtrise moins. Car Schultz est avant tout un soliste polymorphe, considéré comme l'un des meilleurs du royaume sur son instrument. Un solide barbu nourri au blues et à Jimmy Hendrix tout autant qu'au be-bop. S'il a joué avec Herbie Hancock, il a aussi mis son talent au service d'une flopée de chanteurs et musiciens plus rock, voire de variété.
Max, ça se lit sur son visage, est parfois estomaqué par le jeu de son alter ego de deux soirs (vendredi 28 et samedi 29 mai). Cela fait plaisir à voir qu'un fort à bras comme Schultz puisse avoir gardé de l'étonnement sous la semelle. Un faux dur. Avant d'accepter ce duel de manches, il avait entendu parler de Johan le bien élevé, via le contrebassiste Christian Spering (qui assurait ce soir-là - avec classe - la rythmique avec Peter Danemo, dm): Johan Leijonhufvud, né à Göteborg, formé au jazz à l'école de musique de Skurup (Malmö), domicilié à Berlin depuis dix ans, plus connu en Allemagne que dans son pays, accompagnateur régulier de Till Brönner, le plus en vue des trompettistes d'outre-Rhin. Voilà pour le CV. Mais rien ne vaut une bonne confrontation, entre deux amplis, pour se faire une vraie idée. "Etrange gars", semble se dire Max en contemplant Johan jouer. Transition - un peu facile, je l'admets - vers Strange Man, le dernier disque en date enregistré par Leijonhufvud en tant que leader (2006).
Distribué par Lovestreet Records, sise à Malmö, cet album, le 4e du genre, donne un bel aperçu du jeu fluide du Suédois, accompagné par ses fidèles compères Mattias Hjorth (b) et Kristofer Johansson (dm). Rien de révolutionnaire, ni dans le style ni dans le répertoire, mais de la belle ouvrage pour qui a un penchant pour le son bien rond et chantant de la guitare jazz, école Kenny Burrell, Barney Kessel ou Tal Farlow. A noter, outre les standards - signés Gershwin, Kern, Cole Porter, Eddie Harris, Jobim et Michel Legrand - et trois titres composés par Leijonhufvud, une reprise d'un air traditionnel suédois très réputé (et de saison), un vieux psaume sécularisé: Den blomstertid nu kommer (ci-dessous entonnée la bouche en choeur). Soit Le temps des fleurs arrive... En jazz aussi.

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